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Que doit contenir le dossier technique d’une machine ?

Les quinze points de l’annexe IV du règlement 2023/1230 sur une machine réelle, qui reçoit quoi, la conservation dix ans et ce qui change depuis la directive.

Par Elio Schnarrenberger, ingénieur en sécurité des machines

17 minutes de lectureMis à jour le 29 octobre 2026

Sur cette page
  1. 01Dossier ou documentation technique ?
  2. 02Quand ouvrir le dossier
  3. 03Les quinze points de l’annexe IV
  4. 04Le point b), cœur du dossier
  5. 05Citer les normes sans se tromper
  6. 06Qui reçoit quoi
  7. 07Ce qui change depuis la directive
  8. 08Le cas de la quasi-machine
  9. 09Dix ans, sous quelle forme
  10. 10Les erreurs qui font revenir un dossier
  11. 11Nos conseils de terrain
  12. 12La liste de contrôle avant de signer
  13. 13Questions fréquentes

Un dossier technique ne se juge pas à son épaisseur. Il se juge le jour où une autorité de surveillance du marché, après un accident, demande comment telle exigence a été satisfaite sur une machine livrée il y a six ans. Si la réponse et sa preuve se retrouvent en quelques minutes, dans l’état où était la machine à sa livraison, le dossier fait son travail.

Pour une machine mise sur le marché de l’Union à partir du 20 janvier 2027, le contenu est celui de l’annexe IV du règlement (UE) 2023/1230. En une phrase : la description de la machine, l’évaluation des risques reliée aux exigences essentielles, les plans et schémas avec leurs explications, les normes et autres spécifications appliquées, les rapports de calculs et d’essais, les moyens de maîtrise de la production, la notice, les déclarations des produits incorporés et, nouveautés du règlement, le code source du logiciel de sécurité et la description des systèmes commandés par des données de capteurs.

C’est aussi la première pièce de la défense du fabricant, que l’autorité exige une mise en conformité ou un rappel (art. 10, § 9), ou que sa responsabilité civile ou pénale soit recherchée. Ce que vous pouvez montrer pèse alors plus que ce que vous affirmez.

Le fil de l’article est une machine fictive mais réaliste : une cellule d’assemblage avec un convoyeur d’amenée, un poste de pressage à vérin pneumatique derrière une porte interverrouillée, une armoire avec automate de sécurité, et un accès de télémaintenance.

Dossier technique ou documentation technique : de quoi parle-t-on ?

C’est la même chose. Le règlement, dans sa version française, parle de « documentation technique » ; l’usage des bureaux d’études a gardé « dossier technique ». Le texte en donne la fonction dès la première ligne de l’annexe IV :

Le mot qui compte est moyens : le dossier ne décrit pas la machine pour elle-même, il montre comment chaque exigence applicable a été satisfaite.

Il a un deuxième rôle, moins connu. Dans le contrôle interne de la production, la procédure de toute machine absente de l’annexe I (art. 25, § 4), la fabrication doit assurer la conformité des machines produites « à la documentation technique » (annexe VI, point 3). Une armoire câblée autrement que le schéma du dossier n’est donc pas seulement mal documentée : elle n’est plus conforme à ce que vous avez déclaré.

Quand faut-il ouvrir le dossier technique ?

Le jour où le projet démarre. Le règlement fixe seulement la limite : la documentation est établie avant la mise sur le marché ou la mise en service, et c’est elle qui permet ensuite la déclaration puis le marquage.

En pratique, chaque étape du projet verse une pièce au dossier. Quand la machine est construite, il ne reste qu’à assembler et à signer.

Sept étapes, et ce que chacune verse au dossier
  1. 01Définir le produitLa description, l’usage normal, les limites, les modes de fonctionnement.a
  2. 02Identifier les réglementationsLes textes que citera la déclaration ; les produits incorporés qui ont leur propre déclaration.art. 21, § 3k
  3. 03Identifier les normesLes normes avec leur édition et les parties appliquées ; à défaut, les autres spécifications.ef
  4. 04Analyser les risquesLa procédure suivie, la liste des exigences essentielles applicables, les mesures, les risques résiduels.b
  5. 05Appliquer les normesLes dessins et schémas, les calculs, les essais, la validation du logiciel et des capteurs.cdgmno
  6. 06Compiler la documentationLa notice, les pièces des fournisseurs, les contrôles de production. On assemble, on n’écrit plus.hijl
  7. 07Déclarer et marquerLa déclaration signée, le marquage CE, une version figée de tout le dossier.art. 10, § 2 et 3 · art. 21 · art. 24
Les sept étapes sont une méthode d’ingénieur, pas un découpage du règlement. Les lettres renvoient aux points de l’annexe IV, partie A, du règlement (UE) 2023/1230. Le dossier doit être établi avant la mise sur le marché (article 10, paragraphe 2) : à l’étape 6, il ne reste qu’à l’assembler.

Que doit contenir la documentation technique selon l’annexe IV ?

L’annexe IV, partie A, énumère quinze points, de a) à o), et précise qu’il s’agit d’un minimum : la documentation « comprend au moins » ces éléments. Cinq ne s’appliquent que selon la machine. Le tableau reprend chaque point au plus près du texte, puis montre ce qu’il contient pour la cellule d’assemblage.

Les quinze points de la documentation technique selon l’annexe IV, partie A, du règlement (UE) 2023/1230, avec l’exemple d’une cellule d’assemblage
PointCe que demande le règlementPour la cellule d’assemblage
a)Une description complète de la machine et de son usage normal.Fonction de la cellule, pièces admises, cadence, limites d’utilisation, modes : production, réglage, nettoyage, maintenance.
b)La documentation sur l’évaluation des risques, décrivant la procédure suivie : liste des exigences essentielles applicables, mesures de protection mises en œuvre, risques résiduels.L’analyse par zone (chargement, pressage, armoire) et par mode, et le tableau exigence → mesure → preuve.
c)Des dessins de conception et de fabrication, des schémas de la machine, de ses composants, sous-ensembles et circuits.Plan d’ensemble, plans du protecteur et du bâti de presse, schéma électrique, schéma pneumatique.
d)Les descriptions et explications nécessaires pour comprendre ces dessins et schémas, et le fonctionnement.La description du cycle et des modes, le fonctionnement de l’interverrouillage de la porte.
e)Les références des normes harmonisées ou spécifications communes appliquées, avec les parties appliquées si l’application est partielle.Chaque norme avec son année d’édition, et la date à laquelle son statut au Journal officiel a été vérifié.
f)Si elles n’ont pas été appliquées, ou en partie seulement : les autres spécifications techniques appliquées.Une règle interne ou une norme non harmonisée, avec les exigences qu’elle sert à satisfaire.
g)Les rapports ou résultats des calculs de conception, tests, inspections et examens effectués pour vérifier la conformité.Procès-verbaux des essais électriques, validation de la fonction de sécurité de la porte, mesure du temps d’arrêt du vérin.
h)Une description des moyens mis en œuvre pendant la production pour garantir la conformité aux spécifications de conception.Contrôles de réception des composants de sécurité, contrôle final de chaque exemplaire avec sa fiche.
i)Une copie de la notice d’instructions et des informations de la section 1.7.4 de l’annexe III.La notice exacte livrée, avec sa version et ses langues.
j)La déclaration d’incorporation UE des quasi-machines incorporées et leurs notices d’assemblage.le cas échéantCelles du convoyeur, s’il est acheté comme quasi-machine.
k)Des copies des déclarations UE de conformité des machines, produits connexes et produits relevant d’une autre législation, incorporés.le cas échéantLa déclaration de l’automate de sécurité, celle du variateur du convoyeur.
l)Pour une production en série, les mesures internes qui garantissent que les machines restent conformes.le cas échéantLa gestion des modifications : qui valide un changement de composant ou de programme, et comment.
m)Le code source ou la logique de programmation des logiciels dédiés à la sécurité, à la suite d’une demande motivée, si l’autorité en a besoin pour vérifier.le cas échéantLe programme de l’automate de sécurité, sa version et sa somme de contrôle.
n)Pour les machines alimentées par des capteurs, télécommandées ou autonomes, dont les opérations liées à la sécurité sont commandées par des données de capteurs : caractéristiques, capacités et limites du système, données, développement, essais et validation.le cas échéantSans objet pour cette cellule, avec une ligne qui le justifie (voir plus bas).
o)Les résultats des recherches et essais montrant que la machine peut être assemblée et mise en service en toute sécurité.Les essais de montage et de mise en service, chez vous puis sur le site du client.

Deux points méritent une ligne de plus. Le point m) ne sort de chez vous que sur demande motivée, mais vous devez savoir quelle version du programme de sécurité tourne sur quel exemplaire : une somme de contrôle notée sur la fiche de chaque exemplaire le prouve. Le point n) ne définit pas ce qu’est une machine « alimentée par des capteurs ». À notre lecture, une porte surveillée par un interrupteur de position relève des points b) et g) ; un scrutateur laser ou une détection par caméra qui commande une fonction de sécurité relève du point n).

Pourquoi le point b) est-il le cœur du dossier ?

Parce que c’est le seul qui relie la machine au règlement. Il ne demande pas « une analyse de risque » : il demande la procédure suivie, la liste des exigences essentielles applicables et, pour chacune, la description des mesures de protection, avec les risques résiduels. Une grille de dangers bien faite, sans lien explicite avec l’annexe III, laisse la moitié du point sans réponse.

La liste des exigences applicables se construit avec une règle du texte : une exigence essentielle ne s’applique que si le danger correspondant existe pour la machine, sauf trois qui s’appliquent toujours, les principes d’intégration de la sécurité (section 1.1.2), le marquage (1.7.3) et la notice (1.7.4) (annexe III, partie B, point 2). Une exigence écartée l’est donc parce que le danger n’existe pas, et le dossier le dit.

Pour la cellule, la liste fait apparaître par exemple les risques liés aux éléments mobiles (1.3.7) au convoyeur et sous le vérin, les protecteurs mobiles avec dispositif de verrouillage (1.4.2.2) pour la porte du poste de pressage, l’alimentation en énergie électrique (1.5.1), la séparation de la machine de ses sources d’énergie (1.6.3), l’air comprimé compris, et, à cause de la télémaintenance, la protection contre la corruption (1.1.9) et la sécurité et la fiabilité des systèmes de commande (1.2.1). Chaque ligne renvoie à une mesure, et chaque mesure à une pièce du point g) : le procès-verbal, le calcul, la validation. La méthode d’analyse elle-même est détaillée dans l’analyse de risque selon ISO 12100, étape par étape.

Comment citer les normes appliquées sans se tromper ?

Avec leur année d’édition, les parties appliquées, et leur statut au Journal officiel à la date de mise sur le marché. Le point e) le demande pour les normes harmonisées et les spécifications communes ; le point f) prend le relais pour tout ce qui n’est pas couvert par elles.

L’édition n’est pas un détail. Au titre de la directive, la liste publiée au Journal officiel fixe pour l’EN ISO 13849-1:2015 une fin de présomption au 15 mai 2027, alors que l’EN ISO 13849-1:2023 y figure depuis le 15 mai 2024. Un dossier qui écrit « EN ISO 13849-1 » sans année ne dit pas laquelle des deux a servi à concevoir la fonction de sécurité de la porte.

Le point e) renvoie aux normes harmonisées « visées à l’article 20, paragraphe 1 », celles qui donnent la présomption de conformité au titre du règlement. Dans la liste de la Commission que nous avons consultée, générée le 30 mars 2026, toutes les références sont publiées au titre de la directive 2006/42/CE et aucune au titre du règlement. Vérifiez ce qui est publié le jour de la mise sur le marché et notez la date de cette vérification. Tant qu’une norme appliquée n’est pas publiée au titre du règlement, notre lecture est de la présenter aussi au point f), avec les exigences qu’elle sert à satisfaire : elle reste l’état de l’art, sans donner la présomption de l’article 20. Le choix des normes est traité dans normes machines de type A, B et C.

Qui reçoit quoi : l’autorité, le client, l’importateur ?

L’autorité peut tout demander, le client ne reçoit que ce qui accompagne la machine. La documentation technique reste chez le fabricant ; elle est communiquée sur demande motivée d’une autorité nationale compétente, sur papier ou en numérique, dans une langue que celle-ci comprend aisément (art. 10, § 10).

Qui reçoit quoi
  1. Documentation techniqueannexe IV, partie A
    Autorité de surveillance du marchéSur demande motivée, sur papier ou en numérique, pendant 10 ans au moins.art. 10, § 3 et § 10
    Client et utilisateurRien
    Importateur dans l’UES’assure qu’elle a été établie et qu’elle peut être fournie sur demande.art. 13, § 2 et § 8
  2. Code source du logiciel de sécuritéannexe IV, partie A, point m
    Autorité de surveillance du marchéSur demande motivée, seulement s’il est nécessaire pour vérifier la conformité.art. 10, § 3
    Client et utilisateurRien
    Importateur dans l’UEMis à disposition des autorités dans les mêmes conditions.art. 13, § 8
  3. Déclaration UE de conformitéannexe V, partie A
    Autorité de surveillance du marchéTenue à disposition avec la documentation technique.art. 10, § 3
    Client et utilisateurJointe à la machine, ou adresse internet ou code lisible par machine dans la notice.art. 10, § 8
    Importateur dans l’UEEn garde une copie pendant 10 ans au moins.art. 13, § 8
  4. Notice d’instructionsannexe III, section 1.7.4
    Autorité de surveillance du marchéUne copie fait partie de la documentation technique.annexe IV, partie A, point i
    Client et utilisateurAccompagne la machine ; numérique admise, papier gratuit si demandé à l’achat.art. 10, § 7
    Importateur dans l’UEVeille à ce qu’elle accompagne la machine.art. 13, § 4
  5. Marquages sur la machineart. 10, § 5 et 6 · art. 24
    Autorité de surveillance du marchéLes constate sur la machine elle-même.
    Client et utilisateurMarquage CE, désignation, série ou type, numéro de série, année de construction, coordonnées du fabricant.art. 10, § 5 et 6
    Importateur dans l’UEAjoute ses propres coordonnées.art. 13, § 3
Le client ne reçoit jamais la documentation technique : elle reste chez le fabricant, à la disposition des autorités. La colonne « Importateur » concerne une machine fabriquée hors de l’Union et mise sur son marché par un importateur. Règlement (UE) 2023/1230, articles 10, 13 et 24.

Ne livrez donc jamais au client l’analyse de risque ou les plans de détail « pour faire sérieux » : ce sont des pièces de votre savoir-faire. Le guide d’application de la Commission le disait déjà sous la directive : rien n’oblige à communiquer le dossier aux clients ni à la chaîne de distribution.

Pour un fabricant suisse, la colonne « importateur » n’est pas théorique. Si le chapitre machines de l’accord de reconnaissance mutuelle n’est pas mis à jour pour le règlement, votre client européen devient le plus souvent importateur, et doit s’assurer que la documentation existe et peut être fournie (art. 13, § 2 et § 8). Convenez avec lui, par écrit, de qui la fournit et dans quel délai. Un mandataire peut la tenir à disposition, jamais l’établir (art. 12, § 1). L’état de l’accord et de l’OMach est suivi dans le règlement 2023/1230 et les fabricants suisses.

Qu’est-ce qui change par rapport à la directive 2006/42/CE ?

La logique reste ; quatre règles changent et deux pièces apparaissent. L’annexe VII de la directive devient l’annexe IV du règlement (tableau de correspondance de l’annexe XII). Colonne de gauche : la directive telle que la reproduit le guide d’application de la Commission (éd. 2.3).

Ce qui change pour le dossier technique entre la directive 2006/42/CE et le règlement (UE) 2023/1230
SujetDirective 2006/42/CERèglement (UE) 2023/1230
Annexeannexe VII, parties A et Bannexe IV, parties A et B (annexe XII)
Point de départ des dix ansDate de fabrication de la machine ou, en série, de la dernière unité produiteMise sur le marché ou mise en service de la machine (art. 10, § 3)
LangueUne ou plusieurs langues officielles de l’Union, sauf la noticeSur demande, une langue aisément comprise par l’autorité qui la demande (art. 10, § 10)
Normes appliquéesEn indiquant les exigences essentielles couvertesEn précisant les parties appliquées si l’application est partielle (point e)
Déclaration de la machineUne copie fait partie du dossierTenue avec la documentation, sans être l’un de ses points (art. 10, § 3)
Logiciel de sécuritéPas de pièce dédiéeCode source ou logique de programmation, sur demande motivée (point m)
Capteurs, télécommande, autonomiePas de pièce dédiéeCapacités, limites, données, essais et validation (point n)

Le dossier d’une quasi-machine est-il le même ?

Presque. La quasi-machine a sa propre documentation technique, décrite à l’annexe IV, partie B : treize points, de a) à m), au lieu de quinze. Les différences portent sur ce que la quasi-machine ne peut pas faire seule :

  • la description porte sur son fonctionnement normal une fois incorporée ou assemblée à une machine (point a) ;
  • la liste des exigences essentielles est celle « qui s’appliquent à la quasi-machine », et les mesures décrites sont des mesures de prévention (point b) ;
  • la notice d’instructions est remplacée par les instructions d’assemblage de l’annexe XI (point i), et les essais doivent montrer qu’elle peut être assemblée et incorporée en toute sécurité (point m) ;
  • il n’y a pas d’équivalent des points j) et k) : la quasi-machine reçoit une déclaration UE d’incorporation (art. 22, annexe V, partie B), pas une déclaration de conformité.

Côté intégrateur, ces documents entrent dans votre propre dossier : la déclaration d’incorporation et la notice d’assemblage de chaque quasi-machine achetée forment le point j). Si le convoyeur de la cellule arrive sans eux, personne ne les réclamera à votre place. La distinction entre les deux statuts est traitée dans machine ou quasi-machine.

Combien de temps conserver le dossier, et sous quelle forme ?

Au moins dix ans après la mise sur le marché ou la mise en service, sur papier ou en numérique. Le règlement n’impose ni format, ni outil, ni plan de classement. Il impose de pouvoir communiquer, sur demande, tout ce qui démontre la conformité (art. 10, § 3 et § 10).

Ce qu’il impose implicitement, c’est de pouvoir présenter le dossier tel qu’il était à la mise sur le marché. Si le programme de sécurité de la cellule change en 2029, l’autorité qui enquête sur un exemplaire de 2027 voudra l’état de 2027. Un dossier qui n’existe que dans sa dernière version ne le lui donnera pas.

Un dossier par modèle suffit, s’il dit quels exemplaires il couvre. Le guide d’application de la directive y admettait des variantes de même conception de base, aux dangers et aux mesures semblables. Rangez-le dans l’ordre que l’autorité reconnaît d’emblée : le sien.

Un dossier rangé dans l’ordre de l’annexe IV
DOSSIER-TECHNIQUE_<modèle>_v<n>_<date de mise sur le marché>/
  1. 00_SOMMAIRE/Identification de la machine et de la version ; table de correspondance point de l’annexe IV → fichier.
  2. A_DESCRIPTION/(a)Description, usage normal, limites, modes de fonctionnement, variantes du modèle.
  3. B_EVALUATION-DES-RISQUES/(b)Procédure suivie ; liste des exigences essentielles applicables ; mesures et risques résiduels.
  4. C-D_DESSINS-ET-SCHEMAS/(c d)Plans d’ensemble et de sous-ensembles, schémas électriques et pneumatiques, description du fonctionnement.
  5. E-F_NORMES-ET-SPECIFICATIONS/(e f)Normes avec leur édition et les parties appliquées ; autres spécifications techniques.
  6. G_CALCULS-ESSAIS-INSPECTIONS/(g)Notes de calcul, procès-verbaux d’essais, validation des fonctions de sécurité, mesures.
  7. H-L_PRODUCTION/(h l)Contrôles en fabrication et contrôle final ; mesures internes pour la série.
  8. I_NOTICE/(i)La notice livrée, dans sa version et ses langues exactes.
  9. J-K_DECLARATIONS-FOURNISSEURS/(j k)Déclarations d’incorporation et notices d’assemblage ; déclarations de conformité des produits incorporés.le cas échéant
  10. M_LOGICIEL-DE-SECURITE/(m)Programme, version, somme de contrôle ; le code ne sort que sur demande motivée.le cas échéant
  11. N_SYSTEMES-A-CAPTEURS/(n)Capacités et limites du système, données, développement, essais et validation.le cas échéant
  12. O_MONTAGE-ET-MISE-EN-SERVICE/(o)Recherches et essais montrant que la machine s’assemble et se met en service en sécurité.
Tenu avec la documentation
  1. DECLARATION-UE/La déclaration signée, datée, dans ses langues.
  2. VERSIONS/Une version figée par état mis sur le marché, avec la liste des exemplaires qu’elle couvre.
Plan de classement de notre cru : le règlement n’impose aucun format. Les lettres sont les points de l’annexe IV, partie A, du règlement (UE) 2023/1230 ; « le cas échéant » signale un point conditionnel. La déclaration UE de conformité n’est pas un point de l’annexe IV, mais elle se tient avec la documentation (article 10, paragraphe 3).

Quelles erreurs font revenir un dossier technique ?

Les erreurs qui coûtent le plus ne sont pas des pièces oubliées. Ce sont des pièces présentes qui ne prouvent rien. Celles que l’on retrouve le plus souvent :

  • Des risques résiduels absents de la notice. Le point b) les liste, la notice doit les reprendre (1.7.4.2, point l). Les deux pièces se contrôlent l’une par l’autre.
  • Des essais annoncés mais pas rapportés. « Fonctions de sécurité testées » n’est pas un rapport. Sans procès-verbal signé, avec la méthode, l’appareil de mesure et les valeurs, l’essai n’a pas eu lieu.
  • Des schémas qui ne correspondent pas à l’armoire livrée. L’armoire a été modifiée au montage, le schéma du dossier est celui du bureau d’études. Mettez-le à jour avant les essais finaux, pas après.
  • Une mesure vérifiée sur le plan, pas sur la machine. Le protecteur existe dans le modèle 3D ; sur la cellule livrée, il manque une tôle.
  • Une analyse jamais mise à jour. La machine a évolué, l’analyse est restée à la version 1.

Nos conseils de terrain

  • Créez l’arborescence vide au premier jour, dans l’ordre de l’annexe IV, et remplissez-la au fil des étapes.
  • Tenez un tableau exigence → mesure → preuve, une ligne par exigence applicable. C’est lui que l’autorité lit en premier, et lui qui révèle les trous.
  • Écrivez « sans objet » avec une ligne de justification plutôt que de laisser un point vide, qui ressemble à un oubli.
  • Exigez les pièces des fournisseurs à la commande, comme une condition de livraison : déclaration d’incorporation, notice d’assemblage, déclaration de conformité.
  • Relisez l’analyse devant la machine, avec l’atelier et la maintenance. Seul au bureau, on rate les gestes réels : le réglage, le déblocage, le nettoyage.
  • Figez une version datée à chaque mise sur le marché. Copie en lecture seule, liste des exemplaires couverts, empreinte des fichiers. C’est elle que vous présenterez, pas le dossier vivant.

Quelle liste de contrôle avant de signer la déclaration ?

Avant de signer la déclaration UE de conformité, vous devez pouvoir répondre oui à chaque ligne :

  • Les quinze points de l’annexe IV, partie A, sont traités, ou marqués « sans objet » avec une justification.
  • Chaque exigence essentielle applicable renvoie à une mesure, et chaque mesure à une preuve.
  • Tous les modes de fonctionnement décrits dans la notice sont couverts par l’analyse.
  • Chaque norme est citée avec son édition, et son statut au Journal officiel a été vérifié à la date de mise sur le marché.
  • Les schémas du dossier correspondent à la machine livrée, programme de sécurité compris.
  • Les déclarations d’incorporation et de conformité des produits incorporés sont au dossier.
  • La notice jointe au dossier est la version exacte livrée, et elle reprend les risques résiduels.
  • Une version datée et figée du dossier existe, et vous savez où elle sera dans dix ans.

La déclaration elle-même, rubrique par rubrique, est détaillée dans la déclaration UE de conformité d’une machine.

Questions fréquentes

Dossier technique et documentation technique, est-ce la même chose ?

Oui. Le règlement (UE) 2023/1230 parle, dans sa version française, de documentation technique (article 10 et annexe IV). Dossier technique est le terme resté en usage dans les bureaux d’études. Les deux désignent l’ensemble des pièces qui démontrent que la machine satisfait aux exigences essentielles de l’annexe III.

Le dossier technique doit-il être remis au client ?

Non. Il reste chez le fabricant, qui le tient à la disposition des autorités de surveillance du marché. Le client reçoit la machine marquée, sa notice d’instructions et la déclaration UE de conformité, ou l’adresse internet où la consulter (article 10, paragraphes 7 et 8).

Combien de temps faut-il conserver le dossier technique d’une machine ?

Au moins dix ans après la mise sur le marché ou la mise en service de la machine (règlement (UE) 2023/1230, article 10, paragraphe 3). Sous la directive 2006/42/CE, les dix ans couraient depuis la date de fabrication. Pour une fabrication en série, comptez à partir du dernier exemplaire livré.

Faut-il fournir le code source du logiciel de la machine ?

Pas d’office. Le code source ou la logique de programmation des logiciels dédiés à la sécurité fait partie de la documentation, mais il n’est communiqué que sur demande motivée d’une autorité nationale compétente, si elle en a besoin pour vérifier la conformité (article 10, paragraphe 3, et annexe IV, partie A, point m).

Faut-il un dossier technique par machine livrée ?

Non, un dossier par modèle suffit s’il identifie les variantes et les exemplaires qu’il couvre. Le guide d’application de la directive 2006/42/CE admettait des variantes de même conception de base, aux dangers et aux mesures semblables. Chaque exemplaire garde ses propres traces : numéro de série, contrôle final, version du programme de sécurité.

Le dossier technique d’une quasi-machine est-il le même ?

Presque. L’annexe IV, partie B, compte treize points au lieu de quinze : la description porte sur le fonctionnement une fois incorporée, et les instructions d’assemblage de l’annexe XI remplacent la notice d’instructions. La quasi-machine reçoit une déclaration UE d’incorporation, pas une déclaration UE de conformité.

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