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Analyse de risque machine selon l’EN ISO 12100 : la méthode, étape par étape

Limites, dangers par mode et par zone, grille d’estimation, réduction en trois étapes : la méthode déroulée sur un poste de pressage à vérin, avec les erreurs qui font revenir une analyse.

Par Elio Schnarrenberger, ingénieur en sécurité des machines

15 minutes de lectureMis à jour le 29 octobre 2026

Sur cette page
  1. 01Ce que le règlement exige
  2. 02Du phénomène dangereux au dommage
  3. 03La méthode en six étapes
  4. 04Fixer les limites
  5. 05Sources, modes, zones
  6. 06Estimer avec une grille
  7. 07Risque suffisamment réduit ?
  8. 08Réduire, dans l’ordre
  9. 09Le cas du vérin, de bout en bout
  10. 10Ce qui va au dossier
  11. 11Les erreurs qui reviennent
  12. 12Nos conseils de terrain
  13. 13Questions fréquentes

Une analyse de risque répond à une question simple : qu’est-ce qui peut blesser quelqu’un sur cette machine, pendant quelle tâche, et qu’a-t-on fait contre ? La méthode de référence est celle de l’EN ISO 12100:2010. Elle tient en six gestes : fixer les limites de la machine, recenser les dangers, estimer chaque risque, décider s’il faut le réduire, le réduire dans un ordre imposé, et tout consigner. On recommence tant qu’une mesure crée un nouveau danger ou laisse un risque trop haut.

Faite au début du projet, elle oriente la conception. Faite à la fin, elle justifie une machine déjà construite, et un relecteur le voit tout de suite. Nous déroulons la méthode sur une machine fictive : une cellule d’assemblage avec un convoyeur, un poste de pressage à vérin pneumatique fermé par une porte interverrouillée, une armoire électrique et une télémaintenance. Le texte de la norme, protégé, n’est pas reproduit ici.

Que demande exactement le règlement machines ?

Il demande une évaluation des risques menée par le fabricant, avant la mise sur le marché, selon un processus itératif. Le texte donne aussi les étapes, dans l’ordre, et elles correspondent à celles de l’EN ISO 12100:2010.

Trois conséquences. Les exigences de l’annexe III ne s’appliquent que lorsque le danger correspondant existe, sauf les principes d’intégration de la sécurité, le marquage et la notice, qui s’appliquent toujours (partie B, point 2) : sans analyse, vous ne savez pas quelles exigences vous concernent. L’obligation vaut aussi pour une quasi-machine (partie B, point 5). Et le règlement ajoute deux sujets : l’évolution prévue du comportement d’une machine conçue pour fonctionner avec un certain niveau d’autonomie, et les interactions entre les machines d’un ensemble.

Attention au vocabulaire : le règlement dit évaluation des risques pour toute la démarche ; l’EN ISO 12100 dit appréciation du risque (analyse plus évaluation), et réserve « évaluation » à l’étape de décision. Même démarche, deux mots : dans un dossier, tenez-vous à l’un.

La norme reste volontaire ; une norme harmonisée publiée au Journal officiel donne une présomption de conformité aux exigences qu’elle couvre (art. 20, § 1). L’EN ISO 12100:2010 est listée au titre de la directive 2006/42/CE ; aucune norme ne l’est encore au titre du règlement. En Suisse, l’OMach (RS 819.14) reprend la directive, qui exigeait déjà cette démarche. Voir le règlement 2023/1230 et les fabricants suisses.

Phénomène dangereux, situation, événement, dommage : de quoi parle-t-on ?

De quatre maillons d’une même chaîne. Un phénomène dangereux ne blesse personne tant qu’aucune personne n’y est exposée : c’est la situation dangereuse. Il faut encore un événement dangereux pour que le dommage survienne. Le règlement définit le risque comme la « combinaison de la probabilité et de la gravité d’une lésion ou d’une atteinte à la santé pouvant survenir dans une situation dangereuse » (annexe III, partie A, point e).

La chaîne explique pourquoi on analyse par tâche, à quoi se rattache chaque paramètre de cotation, et pourquoi l’ordre des mesures est celui-là.

Du phénomène dangereux au dommage, sur le poste de pressage
  1. 01Phénomène dangereux
    Ce qui peut blesser : une énergie, un mouvement, une forme.Sur le posteLe vérin qui descend, avec sa force, sa vitesse et sa course.Ce qui se cote ici—Se recense. On ne le cote pas seul : sans personne exposée, il ne blesse personne.Étape 1 · conceptionLimiter la force et la vitesse, raccourcir la course, laisser un écartement qui n’écrase pas les doigts.
  2. 02Situation dangereuse
    Une personne est exposée au phénomène.Sur le posteL’opérateur place la pièce sous l’outil, à chaque cycle.Ce qui se cote iciEExposition : combien de fois, combien de temps.Étape 1 ou 2Supprimer la tâche (chargement automatique) ou fermer l’accès (protecteur).
  3. 03Événement dangereux
    Ce qui déclenche le dommage.Sur le posteLe vérin descend alors que la main est encore dessous.Ce qui se cote iciOOccurrence : ce qu’il faut pour que cela arrive.Étape 2 · protectionFonction de sécurité : porte ouverte, vérin arrêté et maintenu. Clapets pilotés contre la descente à la coupure d’air.
  4. 04Dommage
    La blessure ou l’atteinte à la santé.Sur le posteÉcrasement des doigts, amputation possible.Ce qui se cote iciA · GPeut-on encore s’y soustraire ? Quelle gravité, au pire raisonnablement possible ?Étape 3 · informationPictogramme, notice, formation. Elle ne coupe rien physiquement : elle compte sur le comportement de la personne.
Chaque mesure coupe un maillon. Plus elle coupe tôt dans la chaîne, moins elle dépend du comportement humain : c’est la logique de l’ordre imposé par le règlement (UE) 2023/1230, annexe III, section 1.1.2, point b). Le règlement dit « danger » (annexe III, partie A, point a) là où l’EN ISO 12100:2010 dit « phénomène dangereux ». Machine fictive.

Comment se déroule une analyse de risque selon l’EN ISO 12100 ?

En six étapes qui bouclent. Les quatre premières forment l’appréciation du risque ; la cinquième réduit ; et chaque mesure prise renvoie à l’identification, parce qu’une mesure peut créer un danger : un protecteur mobile, par exemple, crée un point d’écrasement à sa fermeture.

La boucle de l’appréciation et de la réduction du risque
1Déterminer les limitesAnalyseUsage normal, mauvais usage prévisible, espace, durée de vie · ann. III, B, 1 a)
2Recenser les dangersAnalysePar phase de vie, mode de fonctionnement et zone · ann. III, B, 1 b)
3Estimer les risquesAnalyseGravité du dommage et probabilité qu’il survienne · ann. III, B, 1 c)
4Évaluer les risquesÉvaluationFaut-il réduire ce risque ? · ann. III, B, 1 d)
Le risque est-il suffisamment réduit ?
Documenter, puis mettre sur le marchéExigences applicables, mesures prises, risques résiduels, dans la documentation technique.ann. IV, A, b)
Réduire le risque, dans cet ordreOn ne passe à l’étape suivante que si la précédente ne suffit pas. ann. III, 1.1.2 b)
  1. 1Prévention intrinsèqueSupprimer le danger par la conception : force, vitesse, énergie, forme
  2. 2ProtectionProtecteurs, dispositifs de protection, fonctions de sécurité
  3. 3InformationAvertissements, notice, formation requise, EPI
Efficacité décroissante, dépendance croissante au comportement humain
Puis nouvelle itération : retour à l’étape 2, la mesure crée-t-elle un nouveau danger ?
Le processus est itératif : chaque mesure renvoie au recensement des dangers, parce qu’une mesure peut en créer un (un protecteur mobile crée un point d’écrasement à sa fermeture). Il suit le règlement (UE) 2023/1230, annexe III, partie B, point 1, et section 1.1.2 b) pour l’ordre des mesures ; c’est aussi le déroulé décrit par l’EN ISO 12100:2010.
Les étapes de l’analyse de risque, ce qu’on se demande et ce qu’on écrit
ÉtapeLa questionCe qu’on écritRèglement
1. LimitesQuelle machine analyse-t-on, pour qui, où, combien de temps ?Usage normal, mauvais usage prévisible, modes, utilisateurs, environnementann. III, B, 1 a)
2. IdentificationQui peut être blessé, par quoi, pendant quelle tâche ?Une ligne par situation : danger, mode, zone, conséquenceann. III, B, 1 b)
3. EstimationQuelle gravité, quelle probabilité ?La cote et sa justification en une phraseann. III, B, 1 c)
4. ÉvaluationFaut-il réduire ce risque ?Le statut : à traiter, ou acceptable, avec sa justificationann. III, B, 1 d)
5. RéductionQue fait-on, et dans quel ordre ?Les mesures, leurs preuves, la nouvelle coteann. III, 1.1.2 b)
6. DocumentationQue lira l’autorité ?Exigences applicables, mesures, risques résiduelsann. IV, A, b)

Comment fixer les limites de la machine ?

En décrivant la machine avant de chercher ses dangers : sans limites, l’analyse n’a pas de périmètre. Le règlement demande d’y inclure l’usage normal, c’est-à-dire l’utilisation selon la notice, et tout mauvais usage raisonnablement prévisible (annexe III, partie A, points h et i). On les décrit sur quatre axes : l’utilisation (modes, utilisateurs, formation, personnes autour), l’espace (mouvements, accès, raccordements), le temps (durée de vie, usure, entretien) et le reste (matières, propreté, environnement).

Pour notre cellule : pièces chargées à la main, deux équipes par jour, atelier intérieur, opérateurs formés, accès à distance du fournisseur. Ce dernier point fait entrer la cybersécurité dans l’analyse (annexe III, 1.1.9). Le mauvais usage prévisible, c’est ce que l’opérateur fera probablement sans que personne l’ait prévu : retirer un protecteur pour gagner du temps sur un bourrage.

Comment ne rater aucun danger ?

En croisant trois listes : les familles de dangers, les modes de fonctionnement et les zones. Une situation dangereuse, c’est une tâche, un phénomène et un endroit. Qui ne parcourt que les familles trouve les phénomènes et rate les situations.

Les familles. Nous en passons dix-huit en revue : mécanique, hydraulique, pneumatique, électrique, thermique, incendie et explosion, bruit, vibrations, lumineux, laser, substances, ergonomie, environnement, application, compatibilité électromagnétique, cybersécurité, rayonnements non optiques, combinaison de phénomènes. C’est plus fin que les groupes de l’EN ISO 12100:2010 : les fluides sont séparés de la mécanique, la CEM et la cybersécurité ajoutées. Une famille écartée se justifie en une phrase.

Les modes. Le règlement exige de couvrir toute la durée d’existence de la machine, « y compris les phases de transport, de montage, de démontage, de mise hors service et de mise au rebut » (annexe III, 1.1.2, a). Nous les regroupons en six modes, ceux du schéma ci-dessous.

Les zones. On découpe la machine en parties fonctionnelles et on rattache chaque danger à l’une d’elles : aucune partie n’est sautée, et chaque métier retrouve ses lignes. Pour un ensemble, une zone par machine, plus une pour les interfaces.

La machine fil rouge, découpée en modes et en zones
  1. TransportE1 de départ
    Z1 Chargement— à justifier
    Z2 Pressage— à justifier
    Z3 Armoire— à justifier
    Z4 Abords
    1. 1.8Basculement au levage
  2. Installation, mise en serviceE1 de départ
    Z1 Chargement— à justifier
    Z2 Pressage
    1. 1.5Premiers cycles à l’essai
    Z3 Armoire
    1. 4.2Raccordement au réseau
    Z4 Abords
    1. 1.9Renversement avant ancrage
  3. Réglage, nettoyageE2 de départ
    Z1 Chargement
    1. 1.2Happement au nettoyage de la bande
    Z2 Pressage
    1. 1.6Pincement au réglage de l’outil
    Z3 Armoire— à justifier
    Z4 Abords— à justifier
  4. OpérationE3 de départ
    Z1 Chargement
    1. 1.3Coincement pièce contre guide
    2. 12.1Manutention répétitive
    Z2 Pressage
    1. 1.1Écrasement sous le vérin
    2. 1.7Projection d’un fragment
    3. 7.1Bruit des échappements
    Z3 Armoire— à justifier
    Z4 Abords
    1. 7.2Bruit au poste voisin
    2. 16.1Prise de main à distance
  5. MaintenanceE1 de départ
    Z1 Chargement
    1. 1.4Happement au retendage
    Z2 Pressage
    1. 3.1Mouvement à la remise en air
    2. 3.2Descente du vérin à la coupure
    Z3 Armoire
    1. 4.1Contact avec une partie active
    Z4 Abords
    1. 16.2Réglage de sécurité modifié à distance
  6. Démontage, fin de vieE1 de départ
    Z1 Chargement— à justifier
    Z2 Pressage
    1. 3.3Air résiduel dans le circuit
    Z3 Armoire
    1. 4.1Contact avec une partie active
    Z4 Abords
    1. 1.8Basculement au levage
Cellule d’assemblage fictive. Chaque ligne d’analyse se range à l’intersection d’un mode et d’une zone ; le numéro reprend la famille de danger (1 mécanique, 3 pneumatique, 4 électrique, 7 bruit, 12 ergonomie, 16 cybersécurité). Ici, l’opération ne porte que 7 lignes sur 21. E1 à E3 : exposition de départ dans la grille d’exemple plus bas, ajustée danger par danger. Les phases de vie à couvrir : règlement (UE) 2023/1230, annexe III, section 1.1.2, point a).

Comment estimer un risque avec une grille ?

En cotant séparément la gravité du dommage et ce qui fait sa probabilité, puis en les combinant selon une règle fixée d’avance. La probabilité se décompose, en pratique, en trois paramètres : l’exposition de la personne, l’occurrence de l’événement dangereux, et la possibilité d’éviter ou de limiter le dommage. Pour la gravité, on retient le dommage le plus grave raisonnablement possible, pas le plus fréquent.

Aucune grille n’est imposée : matrice, graphe de risque, scores, méthodes hybrides ; le rapport technique ISO/TR 14121-2 en donne des exemples. Le graphe de l’EN ISO 13849-1:2023 sert à autre chose : il fixe le niveau de performance requis d’une fonction de sécurité, pas le niveau de risque de chaque ligne. Voici une grille hybride construite pour cet article, avec le vérin coté avant et après mesures.

Une grille d’estimation : exemple construit pour cet article
  1. EExposition
    1. 1Moins d’une fois par mois
    2. 2De chaque semaine à chaque mois
    3. 3Chaque jour ou plus
  2. OOccurrence de l’événement
    1. 1Suppose la défaillance d’une mesure conforme à l’état de la technique
    2. 2Suppose une défaillance ou une erreur inhabituelle
    3. 3Peut venir d’une erreur ordinaire ou d’une usure prévisible
    4. 4Arrive régulièrement dans le travail tel qu’il se fait
    5. 5Attendu : rien ne s’interpose entre la personne et le phénomène
  3. AÉvitement
    1. 1Possible : phénomène perceptible et assez lent
    2. 2Impossible ou incertain : rapide, imperceptible, position contrainte
  4. GGravité
    1. 1Légère, réversible, sans arrêt de travail
    2. 2Sérieuse, réversible, avec arrêt de travail
    3. 3Irréversible : amputation, perte d’un œil
    4. 4Mortelle, ou plusieurs personnes gravement atteintes
K = E + O + AK va de 3 à 10. L’occurrence pèse le plus : c’est elle qu’une protection fait baisser.
BasseK 3 à 6MoyenneK 7 à 8HauteK 9 à 10
G4MoyenÉlevéÉlevé
G3Faiblevérin aprèsÉlevéÉlevévérin avant
G2FaibleMoyenÉlevé
G1FaibleFaibleMoyen
Lignes : gravité · colonnes : classe de K
Écrasement sous le vérin, en opération
Avant mesuresE3 + O5 + A2 = K 10Classe haute × G3 → Élevé
Après mesuresE3 + O1 + A2 = K 6Classe basse × G3 → Faible
E ne bouge pas : l’opérateur charge toujours chaque pièce. A ne bouge pas : le vérin reste trop rapide pour retirer la main. G ne bouge pas : le vérin écrase toujours s’il descend. Seule l’occurrence baisse, parce qu’il faut désormais une défaillance de la fonction de sécurité.
Grille de notre cru, à titre d’exemple. Ce n’est la grille d’aucune norme : ni le règlement (UE) 2023/1230 ni l’EN ISO 12100:2010 n’imposent de grille, et l’ISO/TR 14121-2 en présente plusieurs familles. Les bornes de K et les cases de la matrice sont des choix : ils se justifient une fois, puis s’appliquent à toute l’analyse, avant et après les mesures. Le règlement demande d’estimer les risques « compte tenu de la gravité d’une éventuelle blessure ou atteinte à la santé et de leur probabilité » (annexe III, partie B, point 1, c).

La leçon : une mesure fait bouger un paramètre précis, et on doit pouvoir dire lequel. La gravité ne baisse que si la mesure change le phénomène lui-même : une force limitée, un écartement qui n’écrase plus. Et la grille n’est pas une vérité : c’est un outil pour comparer et décider de façon constante.

Quand un risque est-il suffisamment réduit ?

Quand vous pouvez l’écrire et le défendre. Le règlement ne fixe aucun seuil : la référence est l’état de la technique (annexe III, partie B, point 3). Le guide d’application de la directive précise qu’elle a un volet technique et un volet économique, et que le coût pèse d’autant moins que le dommage est grave (guide, § 161).

Avant de passer une ligne au statut « acceptable », nous vérifions six points :

  • toutes les familles, tous les modes et toutes les zones ont été examinés ;
  • les exigences de la norme de type C, puis des normes de type B, sont respectées ;
  • les mesures ont été choisies dans l’ordre des trois étapes ;
  • aucune mesure ne crée de danger qui n’ait été coté à son tour ;
  • les mesures restent compatibles avec le travail réel : rien n’incite à les neutraliser ;
  • le risque résiduel est connu et décrit dans la notice.

Le statut s’accompagne d’une phrase : « Mesures conformes à la norme de type C ; risque final faible ; pincement au réglage décrit au chapitre 5 de la notice. » C’est elle que lira un expert. Une norme de type C ne dispense pas de l’analyse : un danger qu’elle ne traite pas reste à apprécier (guide, § 159). Voir normes A, B et C.

Dans quel ordre réduire le risque ?

Dans l’ordre fixé par le règlement, qui n’est pas négociable. Le fabricant applique les principes suivants « dans l’ordre indiqué » (annexe III, 1.1.2, b) :

Les trois étapes de la réduction du risque
ÉtapeLe texteCe que cela veut dire sur une machine
1« éliminer les dangers ou, si cela n’est pas possible, minimiser les risques »Forces, vitesses, énergies, formes, écartements ; points de réglage hors des zones dangereuses
2« prendre les mesures de protection nécessaires concernant les risques ne pouvant être éliminés »Protecteurs, dispositifs de protection, fonctions de sécurité, arrêt d’urgence, consignation
3« informer les utilisateurs des risques résiduels »Avertissements, notice, formation requise, équipements de protection individuelle à prévoir

On ne passe à l’étape suivante que si la précédente ne suffit pas. Les mesures de l’utilisateur (organisation, consignes, équipements de protection) complètent celles du fabricant ; elles ne les remplacent pas.

Pour les éléments mobiles, le règlement encadre aussi le choix du protecteur (annexe III, 1.3.8). Pour les éléments de transmission, il tranche : « Les protecteurs mobiles avec dispositif de verrouillage sont retenus si des interventions fréquentes sont prévues. » Pour les éléments qui concourent au travail et qu’on ne peut pas rendre totalement inaccessibles : des protecteurs fixes ou interverrouillés sur ce qui ne sert pas au travail, et des protecteurs réglables limités à ce qu’il faut atteindre. En pratique, la première question est celle de l’accès : s’il n’est pas nécessaire pendant le fonctionnement, un protecteur fixe, qui ne s’ouvre qu’avec un outil (1.4.2.1) ; s’il est fréquent, un protecteur mobile interverrouillé ou un dispositif de protection. Sur notre cellule : un protecteur fixe autour du moteur du convoyeur, un protecteur mobile interverrouillé pour le poste de pressage.

Un cas complet : l’écrasement sous le vérin

Le poste de pressage de notre cellule : l’opérateur pose la pièce sous l’outil, ferme la porte, le vérin vertical descend et presse. La ligne d’analyse : écrasement des doigts, en opération, zone de pressage. Cotée avant mesure, elle sort au niveau élevé. Voici les trois étapes, dans l’ordre.

Les mesures retenues pour l’écrasement sous le vérin, par étape
ÉtapeLa question poséeCe qui est retenu
1. ConceptionPeut-on rendre le vérin incapable d’écraser des doigts ?Course réduite au strict nécessaire, vitesse limitée. Un écartement qui n’écrase pas (EN ISO 13854:2019) est impossible ici : il faut presser la pièce. Étape insuffisante.
2. ProtectionComment empêcher la main d’être sous l’outil quand il descend ?Protecteur mobile interverrouillé (EN ISO 14119:2013). Fonction de sécurité FS-01 : porte ouverte, vérin arrêté et maintenu. Son niveau de performance requis se détermine selon l’EN ISO 13849-1:2023.
3. InformationQue reste-t-il, et qui doit le savoir ?Pincement possible au réglage, porte ouverte en vitesse réduite : décrit dans la notice, pictogramme sur le poste, formation de l’opérateur.

La porte et son interrupteur ne suffisent pas : c’est le circuit pneumatique qui exécute l’ordre d’arrêt. Voici celui du poste tel qu’on le trouve souvent, et tel qu’il doit être.

Le circuit pneumatique du poste de pressage, avant et après l’analyse
ComposantAvant, et le problèmeAprèsRèglement
Vanne d’arrivée2/2 sans échappement : le circuit reste sous pression une fois fermée3/2 cadenassable avec échappement, hors zone dangereuse1.6.3
Filtre-régulateurCuve plastique nue ; après une purge, le vérin repart à pleine vitesseProtège-cuve, démarreur progressif pour une remise en air douce1.3.2 · 1.2.6
Distributeur5/2 bistable : à la coupure du courant, il reste en position et le vérin finit sa courseRetour par ressort ; pour FS-01, distributeur de sécurité redondant et surveillé1.2.6
FlexiblesNon retenus : un flexible arraché fouette près du posteÉlingues de retenue ou écran1.3.2
Vérin verticalDescend par gravité à la coupure d’air ou à la rupture d’un flexibleClapets pilotés montés sur ses orifices ; cale mécanique pour la maintenance1.2.6 d) · 1.3.9

Reste une question que seule l’analyse tranche : à l’ouverture de la porte, mettre le vérin à l’échappement ou le bloquer ? Pour un vérin vertical, couper l’air, c’est le laisser descendre : on le bloque. Sur une pince, l’échappement lâcherait la pièce. L’état sûr se décide actionneur par actionneur, et s’écrit dans la ligne.

Que faut-il garder dans le dossier technique ?

La documentation sur l’évaluation des risques décrit la procédure suivie et comprend la liste des exigences essentielles applicables, la description des mesures de protection et, le cas échéant, les risques résiduels (annexe IV, partie A, point b). Le tout se conserve au moins dix ans (art. 10, § 3). En pratique, un tableau où chaque ligne se comprend seule. Quatre lignes de notre cellule, cotées avec la grille d’exemple :

Extrait du tableau d’analyse de la cellule d’assemblage fictive
N°SituationAvantMesuresAprès
1.1Écrasement des doigts sous le vérin · opération · Z2K 10 · G3 élevéProtecteur interverrouillé, FS-01, clapets pilotés ; notice et pictogrammeK 6 · G3 faible
1.2Happement de la main au nettoyage de la bande · nettoyage · Z1K 9 · G3 élevéRacleur fixe qui nettoie en continu : la tâche quotidienne disparaît. Protecteurs fixes aux points rentrants (EN ISO 13857:2019)K 4 · G3 faible
3.1Mouvement brusque du vérin à la remise en air · maintenance · Z2K 7 · G3 élevéVanne 3/2 cadenassable, démarreur progressif, cale ; consignation dans la noticeK 3 · G3 faible
4.1Contact avec une partie active dans l’armoire · maintenance · Z3K 7 · G4 élevéSectionneur cadenassable, protection contre le contact direct (EN 60204-1:2018) ; travaux hors tension dans la noticeK 4 · G4 moyen, justifié

En 1.2, la meilleure mesure est le racleur, pas le protecteur : il supprime la tâche, et l’exposition baisse pour une raison qu’on peut écrire. En 4.1, le risque reste moyen : notre grille ne descend jamais plus bas quand le dommage possible est mortel. La ligne est acceptée avec sa justification plutôt que maquillée en « faible ». Le dossier complet est détaillé dans ce que doit contenir le dossier technique d’une machine.

Quelles erreurs font revenir une analyse de risque ?

Toujours les mêmes, et elles se voient en dix minutes de relecture :

Les erreurs fréquentes dans une analyse de risque, et ce qu’il fallait faire
Ce qu’on voitPourquoi ça coinceCe qu’il fallait faire
Analyse rédigée à la finElle justifie la machine au lieu d’orienter sa conceptionDémarrer sur l’avant-projet, la tenir à jour à chaque revue
Une liste de normesCiter une norme n’analyse pas la machine réelleUne ligne par situation, la norme en preuve de la mesure
« Risque mécanique »Trop vague pour être coté ou vérifiéNommer la tâche, le phénomène et la zone
Mesure sur le plan seulementLe protecteur existe dans la CAO, pas sur la machineVérifier chaque mesure sur la machine montée, avec sa preuve
Jamais mise à jourLa machine évolue, l’analyse reste à la version 1La rouvrir à chaque modification, et la dater

La dernière a une conséquence juridique : une modification qui crée un nouveau danger ou augmente un risque peut faire de son auteur un fabricant (art. 18). Voir modification substantielle.

Nos conseils de terrain

  • Faites l’analyse à plusieurs : conception, automatisme, atelier, maintenance. Celui qui nettoie la machine trouve en dix minutes les tâches que le bureau d’études n’imagine pas. Puis relisez-la devant la machine réelle avant la mise sur le marché.
  • Écrivez l’objectif de sécurité avant la solution : « aucune main sous l’outil quand il peut descendre ». La solution se discute ensuite, et l’objectif sert à la vérifier.
  • Une ligne par situation, pas par danger. Le même happement en production et au nettoyage, ce sont deux lignes, avec deux cotes et souvent deux mesures.
  • Recoupez avec la notice. Si elle parle de mode manuel, de réglage ou de nettoyage, chacun doit avoir ses lignes ; et chaque risque résiduel de l’analyse doit s’y retrouver.

Questions fréquentes

L’analyse de risque est-elle obligatoire pour une machine ?

Oui. Le règlement (UE) 2023/1230 impose au fabricant de veiller à ce qu’une évaluation des risques soit effectuée afin de déterminer les exigences essentielles qui s’appliquent à la machine (annexe III, partie B, point 1), et sa documentation fait partie du dossier technique (annexe IV, partie A, point b). La directive 2006/42/CE, que reprend l’ordonnance suisse sur la sécurité des machines, l’exigeait déjà.

La norme EN ISO 12100 est-elle obligatoire ?

Non, les normes sont d’application volontaire. Une norme harmonisée dont la référence est publiée au Journal officiel de l’Union donne une présomption de conformité aux exigences qu’elle couvre (règlement (UE) 2023/1230, article 20, paragraphe 1). L’EN ISO 12100:2010 est listée au titre de la directive 2006/42/CE ; aucune norme ne l’est encore au titre du règlement. En pratique, c’est la méthode qu’un relecteur s’attend à trouver.

Appréciation du risque ou évaluation des risques : quelle différence ?

Aucune sur le fond. Le règlement (UE) 2023/1230 dit « évaluation des risques » pour toute la démarche. L’EN ISO 12100 dit « appréciation du risque » pour l’ensemble analyse plus évaluation, et réserve le mot « évaluation » à l’étape où l’on décide si une réduction du risque est nécessaire.

Quelle méthode de cotation du risque choisir ?

Aucune n’est imposée : matrice, graphe de risque, scores numériques ou méthode hybride. L’important est de fixer la grille avant de commencer, de l’appliquer à tous les dangers avant et après les mesures, et de justifier chaque cote en une phrase. Le rapport technique ISO/TR 14121-2 présente des exemples de méthodes.

Qui doit réaliser l’analyse de risque d’une machine ?

Le fabricant en porte la responsabilité, même s’il la confie à un tiers, comme le rappelle le guide d’application de la directive 2006/42/CE (§ 158). Elle se mène en équipe : conception mécanique, automatisme, atelier et maintenance, puis se relit devant la machine réelle.

Faut-il refaire l’analyse de risque quand on modifie une machine ?

Oui, au moins pour ce que la modification touche. Une modification non prévue par le fabricant qui crée un nouveau danger ou augmente un risque existant peut être une modification substantielle : celui qui la réalise est alors considéré comme fabricant (règlement (UE) 2023/1230, article 3, point 16, et article 18).

À lire ensuite