Une analyse de risque répond à une question simple : qu’est-ce qui peut blesser quelqu’un sur cette machine, pendant quelle tâche, et qu’a-t-on fait contre ? La méthode de référence est celle de l’EN ISO 12100:2010. Elle tient en six gestes : fixer les limites de la machine, recenser les dangers, estimer chaque risque, décider s’il faut le réduire, le réduire dans un ordre imposé, et tout consigner. On recommence tant qu’une mesure crée un nouveau danger ou laisse un risque trop haut.
Faite au début du projet, elle oriente la conception. Faite à la fin, elle justifie une machine déjà construite, et un relecteur le voit tout de suite. Nous déroulons la méthode sur une machine fictive : une cellule d’assemblage avec un convoyeur, un poste de pressage à vérin pneumatique fermé par une porte interverrouillée, une armoire électrique et une télémaintenance. Le texte de la norme, protégé, n’est pas reproduit ici.
Que demande exactement le règlement machines ?
Il demande une évaluation des risques menée par le fabricant, avant la mise sur le marché, selon un processus itératif. Le texte donne aussi les étapes, dans l’ordre, et elles correspondent à celles de l’EN ISO 12100:2010.
Trois conséquences. Les exigences de l’annexe III ne s’appliquent que lorsque le danger correspondant existe, sauf les principes d’intégration de la sécurité, le marquage et la notice, qui s’appliquent toujours (partie B, point 2) : sans analyse, vous ne savez pas quelles exigences vous concernent. L’obligation vaut aussi pour une quasi-machine (partie B, point 5). Et le règlement ajoute deux sujets : l’évolution prévue du comportement d’une machine conçue pour fonctionner avec un certain niveau d’autonomie, et les interactions entre les machines d’un ensemble.
Attention au vocabulaire : le règlement dit évaluation des risques pour toute la démarche ; l’EN ISO 12100 dit appréciation du risque (analyse plus évaluation), et réserve « évaluation » à l’étape de décision. Même démarche, deux mots : dans un dossier, tenez-vous à l’un.
La norme reste volontaire ; une norme harmonisée publiée au Journal officiel donne une présomption de conformité aux exigences qu’elle couvre (art. 20, § 1). L’EN ISO 12100:2010 est listée au titre de la directive 2006/42/CE ; aucune norme ne l’est encore au titre du règlement. En Suisse, l’OMach (RS 819.14) reprend la directive, qui exigeait déjà cette démarche. Voir le règlement 2023/1230 et les fabricants suisses.
Phénomène dangereux, situation, événement, dommage : de quoi parle-t-on ?
De quatre maillons d’une même chaîne. Un phénomène dangereux ne blesse personne tant qu’aucune personne n’y est exposée : c’est la situation dangereuse. Il faut encore un événement dangereux pour que le dommage survienne. Le règlement définit le risque comme la « combinaison de la probabilité et de la gravité d’une lésion ou d’une atteinte à la santé pouvant survenir dans une situation dangereuse » (annexe III, partie A, point e).
La chaîne explique pourquoi on analyse par tâche, à quoi se rattache chaque paramètre de cotation, et pourquoi l’ordre des mesures est celui-là.
- 01Phénomène dangereuxCe qui peut blesser : une énergie, un mouvement, une forme.Sur le posteLe vérin qui descend, avec sa force, sa vitesse et sa course.Ce qui se cote ici—Se recense. On ne le cote pas seul : sans personne exposée, il ne blesse personne.Étape 1 · conceptionLimiter la force et la vitesse, raccourcir la course, laisser un écartement qui n’écrase pas les doigts.
- 02Situation dangereuseUne personne est exposée au phénomène.Sur le posteL’opérateur place la pièce sous l’outil, à chaque cycle.Ce qui se cote iciEExposition : combien de fois, combien de temps.Étape 1 ou 2Supprimer la tâche (chargement automatique) ou fermer l’accès (protecteur).
- 03Événement dangereuxCe qui déclenche le dommage.Sur le posteLe vérin descend alors que la main est encore dessous.Ce qui se cote iciOOccurrence : ce qu’il faut pour que cela arrive.Étape 2 · protectionFonction de sécurité : porte ouverte, vérin arrêté et maintenu. Clapets pilotés contre la descente à la coupure d’air.
- 04DommageLa blessure ou l’atteinte à la santé.Sur le posteÉcrasement des doigts, amputation possible.Ce qui se cote iciA · GPeut-on encore s’y soustraire ? Quelle gravité, au pire raisonnablement possible ?Étape 3 · informationPictogramme, notice, formation. Elle ne coupe rien physiquement : elle compte sur le comportement de la personne.
Comment se déroule une analyse de risque selon l’EN ISO 12100 ?
En six étapes qui bouclent. Les quatre premières forment l’appréciation du risque ; la cinquième réduit ; et chaque mesure prise renvoie à l’identification, parce qu’une mesure peut créer un danger : un protecteur mobile, par exemple, crée un point d’écrasement à sa fermeture.
- 1Prévention intrinsèqueSupprimer le danger par la conception : force, vitesse, énergie, forme
- 2ProtectionProtecteurs, dispositifs de protection, fonctions de sécurité
- 3InformationAvertissements, notice, formation requise, EPI
| Étape | La question | Ce qu’on écrit | Règlement |
|---|---|---|---|
| 1. Limites | Quelle machine analyse-t-on, pour qui, où, combien de temps ? | Usage normal, mauvais usage prévisible, modes, utilisateurs, environnement | ann. III, B, 1 a) |
| 2. Identification | Qui peut être blessé, par quoi, pendant quelle tâche ? | Une ligne par situation : danger, mode, zone, conséquence | ann. III, B, 1 b) |
| 3. Estimation | Quelle gravité, quelle probabilité ? | La cote et sa justification en une phrase | ann. III, B, 1 c) |
| 4. Évaluation | Faut-il réduire ce risque ? | Le statut : à traiter, ou acceptable, avec sa justification | ann. III, B, 1 d) |
| 5. Réduction | Que fait-on, et dans quel ordre ? | Les mesures, leurs preuves, la nouvelle cote | ann. III, 1.1.2 b) |
| 6. Documentation | Que lira l’autorité ? | Exigences applicables, mesures, risques résiduels | ann. IV, A, b) |
Comment fixer les limites de la machine ?
En décrivant la machine avant de chercher ses dangers : sans limites, l’analyse n’a pas de périmètre. Le règlement demande d’y inclure l’usage normal, c’est-à-dire l’utilisation selon la notice, et tout mauvais usage raisonnablement prévisible (annexe III, partie A, points h et i). On les décrit sur quatre axes : l’utilisation (modes, utilisateurs, formation, personnes autour), l’espace (mouvements, accès, raccordements), le temps (durée de vie, usure, entretien) et le reste (matières, propreté, environnement).
Pour notre cellule : pièces chargées à la main, deux équipes par jour, atelier intérieur, opérateurs formés, accès à distance du fournisseur. Ce dernier point fait entrer la cybersécurité dans l’analyse (annexe III, 1.1.9). Le mauvais usage prévisible, c’est ce que l’opérateur fera probablement sans que personne l’ait prévu : retirer un protecteur pour gagner du temps sur un bourrage.
Comment ne rater aucun danger ?
En croisant trois listes : les familles de dangers, les modes de fonctionnement et les zones. Une situation dangereuse, c’est une tâche, un phénomène et un endroit. Qui ne parcourt que les familles trouve les phénomènes et rate les situations.
Les familles. Nous en passons dix-huit en revue : mécanique, hydraulique, pneumatique, électrique, thermique, incendie et explosion, bruit, vibrations, lumineux, laser, substances, ergonomie, environnement, application, compatibilité électromagnétique, cybersécurité, rayonnements non optiques, combinaison de phénomènes. C’est plus fin que les groupes de l’EN ISO 12100:2010 : les fluides sont séparés de la mécanique, la CEM et la cybersécurité ajoutées. Une famille écartée se justifie en une phrase.
Les modes. Le règlement exige de couvrir toute la durée d’existence de la machine, « y compris les phases de transport, de montage, de démontage, de mise hors service et de mise au rebut » (annexe III, 1.1.2, a). Nous les regroupons en six modes, ceux du schéma ci-dessous.
Les zones. On découpe la machine en parties fonctionnelles et on rattache chaque danger à l’une d’elles : aucune partie n’est sautée, et chaque métier retrouve ses lignes. Pour un ensemble, une zone par machine, plus une pour les interfaces.
- TransportE1 de départZ1 Chargement— à justifierZ2 Pressage— à justifierZ3 Armoire— à justifierZ4 Abords
- 1.8Basculement au levage
- Installation, mise en serviceE1 de départZ1 Chargement— à justifierZ2 Pressage
- 1.5Premiers cycles à l’essai
Z3 Armoire- 4.2Raccordement au réseau
Z4 Abords- 1.9Renversement avant ancrage
- Réglage, nettoyageE2 de départZ1 Chargement
- 1.2Happement au nettoyage de la bande
Z2 Pressage- 1.6Pincement au réglage de l’outil
Z3 Armoire— à justifierZ4 Abords— à justifier - OpérationE3 de départZ1 Chargement
- 1.3Coincement pièce contre guide
- 12.1Manutention répétitive
Z2 Pressage- 1.1Écrasement sous le vérin
- 1.7Projection d’un fragment
- 7.1Bruit des échappements
Z3 Armoire— à justifierZ4 Abords- 7.2Bruit au poste voisin
- 16.1Prise de main à distance
- MaintenanceE1 de départZ1 Chargement
- 1.4Happement au retendage
Z2 Pressage- 3.1Mouvement à la remise en air
- 3.2Descente du vérin à la coupure
Z3 Armoire- 4.1Contact avec une partie active
Z4 Abords- 16.2Réglage de sécurité modifié à distance
- Démontage, fin de vieE1 de départZ1 Chargement— à justifierZ2 Pressage
- 3.3Air résiduel dans le circuit
Z3 Armoire- 4.1Contact avec une partie active
Z4 Abords- 1.8Basculement au levage
Comment estimer un risque avec une grille ?
En cotant séparément la gravité du dommage et ce qui fait sa probabilité, puis en les combinant selon une règle fixée d’avance. La probabilité se décompose, en pratique, en trois paramètres : l’exposition de la personne, l’occurrence de l’événement dangereux, et la possibilité d’éviter ou de limiter le dommage. Pour la gravité, on retient le dommage le plus grave raisonnablement possible, pas le plus fréquent.
Aucune grille n’est imposée : matrice, graphe de risque, scores, méthodes hybrides ; le rapport technique ISO/TR 14121-2 en donne des exemples. Le graphe de l’EN ISO 13849-1:2023 sert à autre chose : il fixe le niveau de performance requis d’une fonction de sécurité, pas le niveau de risque de chaque ligne. Voici une grille hybride construite pour cet article, avec le vérin coté avant et après mesures.
- EExposition
- 1Moins d’une fois par mois
- 2De chaque semaine à chaque mois
- 3Chaque jour ou plus
- OOccurrence de l’événement
- 1Suppose la défaillance d’une mesure conforme à l’état de la technique
- 2Suppose une défaillance ou une erreur inhabituelle
- 3Peut venir d’une erreur ordinaire ou d’une usure prévisible
- 4Arrive régulièrement dans le travail tel qu’il se fait
- 5Attendu : rien ne s’interpose entre la personne et le phénomène
- AÉvitement
- 1Possible : phénomène perceptible et assez lent
- 2Impossible ou incertain : rapide, imperceptible, position contrainte
- GGravité
- 1Légère, réversible, sans arrêt de travail
- 2Sérieuse, réversible, avec arrêt de travail
- 3Irréversible : amputation, perte d’un œil
- 4Mortelle, ou plusieurs personnes gravement atteintes
La leçon : une mesure fait bouger un paramètre précis, et on doit pouvoir dire lequel. La gravité ne baisse que si la mesure change le phénomène lui-même : une force limitée, un écartement qui n’écrase plus. Et la grille n’est pas une vérité : c’est un outil pour comparer et décider de façon constante.
Quand un risque est-il suffisamment réduit ?
Quand vous pouvez l’écrire et le défendre. Le règlement ne fixe aucun seuil : la référence est l’état de la technique (annexe III, partie B, point 3). Le guide d’application de la directive précise qu’elle a un volet technique et un volet économique, et que le coût pèse d’autant moins que le dommage est grave (guide, § 161).
Avant de passer une ligne au statut « acceptable », nous vérifions six points :
- toutes les familles, tous les modes et toutes les zones ont été examinés ;
- les exigences de la norme de type C, puis des normes de type B, sont respectées ;
- les mesures ont été choisies dans l’ordre des trois étapes ;
- aucune mesure ne crée de danger qui n’ait été coté à son tour ;
- les mesures restent compatibles avec le travail réel : rien n’incite à les neutraliser ;
- le risque résiduel est connu et décrit dans la notice.
Le statut s’accompagne d’une phrase : « Mesures conformes à la norme de type C ; risque final faible ; pincement au réglage décrit au chapitre 5 de la notice. » C’est elle que lira un expert. Une norme de type C ne dispense pas de l’analyse : un danger qu’elle ne traite pas reste à apprécier (guide, § 159). Voir normes A, B et C.
Dans quel ordre réduire le risque ?
Dans l’ordre fixé par le règlement, qui n’est pas négociable. Le fabricant applique les principes suivants « dans l’ordre indiqué » (annexe III, 1.1.2, b) :
| Étape | Le texte | Ce que cela veut dire sur une machine |
|---|---|---|
| 1 | « éliminer les dangers ou, si cela n’est pas possible, minimiser les risques » | Forces, vitesses, énergies, formes, écartements ; points de réglage hors des zones dangereuses |
| 2 | « prendre les mesures de protection nécessaires concernant les risques ne pouvant être éliminés » | Protecteurs, dispositifs de protection, fonctions de sécurité, arrêt d’urgence, consignation |
| 3 | « informer les utilisateurs des risques résiduels » | Avertissements, notice, formation requise, équipements de protection individuelle à prévoir |
On ne passe à l’étape suivante que si la précédente ne suffit pas. Les mesures de l’utilisateur (organisation, consignes, équipements de protection) complètent celles du fabricant ; elles ne les remplacent pas.
Pour les éléments mobiles, le règlement encadre aussi le choix du protecteur (annexe III, 1.3.8). Pour les éléments de transmission, il tranche : « Les protecteurs mobiles avec dispositif de verrouillage sont retenus si des interventions fréquentes sont prévues. » Pour les éléments qui concourent au travail et qu’on ne peut pas rendre totalement inaccessibles : des protecteurs fixes ou interverrouillés sur ce qui ne sert pas au travail, et des protecteurs réglables limités à ce qu’il faut atteindre. En pratique, la première question est celle de l’accès : s’il n’est pas nécessaire pendant le fonctionnement, un protecteur fixe, qui ne s’ouvre qu’avec un outil (1.4.2.1) ; s’il est fréquent, un protecteur mobile interverrouillé ou un dispositif de protection. Sur notre cellule : un protecteur fixe autour du moteur du convoyeur, un protecteur mobile interverrouillé pour le poste de pressage.
Un cas complet : l’écrasement sous le vérin
Le poste de pressage de notre cellule : l’opérateur pose la pièce sous l’outil, ferme la porte, le vérin vertical descend et presse. La ligne d’analyse : écrasement des doigts, en opération, zone de pressage. Cotée avant mesure, elle sort au niveau élevé. Voici les trois étapes, dans l’ordre.
| Étape | La question posée | Ce qui est retenu |
|---|---|---|
| 1. Conception | Peut-on rendre le vérin incapable d’écraser des doigts ? | Course réduite au strict nécessaire, vitesse limitée. Un écartement qui n’écrase pas (EN ISO 13854:2019) est impossible ici : il faut presser la pièce. Étape insuffisante. |
| 2. Protection | Comment empêcher la main d’être sous l’outil quand il descend ? | Protecteur mobile interverrouillé (EN ISO 14119:2013). Fonction de sécurité FS-01 : porte ouverte, vérin arrêté et maintenu. Son niveau de performance requis se détermine selon l’EN ISO 13849-1:2023. |
| 3. Information | Que reste-t-il, et qui doit le savoir ? | Pincement possible au réglage, porte ouverte en vitesse réduite : décrit dans la notice, pictogramme sur le poste, formation de l’opérateur. |
La porte et son interrupteur ne suffisent pas : c’est le circuit pneumatique qui exécute l’ordre d’arrêt. Voici celui du poste tel qu’on le trouve souvent, et tel qu’il doit être.
| Composant | Avant, et le problème | Après | Règlement |
|---|---|---|---|
| Vanne d’arrivée | 2/2 sans échappement : le circuit reste sous pression une fois fermée | 3/2 cadenassable avec échappement, hors zone dangereuse | 1.6.3 |
| Filtre-régulateur | Cuve plastique nue ; après une purge, le vérin repart à pleine vitesse | Protège-cuve, démarreur progressif pour une remise en air douce | 1.3.2 · 1.2.6 |
| Distributeur | 5/2 bistable : à la coupure du courant, il reste en position et le vérin finit sa course | Retour par ressort ; pour FS-01, distributeur de sécurité redondant et surveillé | 1.2.6 |
| Flexibles | Non retenus : un flexible arraché fouette près du poste | Élingues de retenue ou écran | 1.3.2 |
| Vérin vertical | Descend par gravité à la coupure d’air ou à la rupture d’un flexible | Clapets pilotés montés sur ses orifices ; cale mécanique pour la maintenance | 1.2.6 d) · 1.3.9 |
Reste une question que seule l’analyse tranche : à l’ouverture de la porte, mettre le vérin à l’échappement ou le bloquer ? Pour un vérin vertical, couper l’air, c’est le laisser descendre : on le bloque. Sur une pince, l’échappement lâcherait la pièce. L’état sûr se décide actionneur par actionneur, et s’écrit dans la ligne.
Que faut-il garder dans le dossier technique ?
La documentation sur l’évaluation des risques décrit la procédure suivie et comprend la liste des exigences essentielles applicables, la description des mesures de protection et, le cas échéant, les risques résiduels (annexe IV, partie A, point b). Le tout se conserve au moins dix ans (art. 10, § 3). En pratique, un tableau où chaque ligne se comprend seule. Quatre lignes de notre cellule, cotées avec la grille d’exemple :
| N° | Situation | Avant | Mesures | Après |
|---|---|---|---|---|
| 1.1 | Écrasement des doigts sous le vérin · opération · Z2 | K 10 · G3 élevé | Protecteur interverrouillé, FS-01, clapets pilotés ; notice et pictogramme | K 6 · G3 faible |
| 1.2 | Happement de la main au nettoyage de la bande · nettoyage · Z1 | K 9 · G3 élevé | Racleur fixe qui nettoie en continu : la tâche quotidienne disparaît. Protecteurs fixes aux points rentrants (EN ISO 13857:2019) | K 4 · G3 faible |
| 3.1 | Mouvement brusque du vérin à la remise en air · maintenance · Z2 | K 7 · G3 élevé | Vanne 3/2 cadenassable, démarreur progressif, cale ; consignation dans la notice | K 3 · G3 faible |
| 4.1 | Contact avec une partie active dans l’armoire · maintenance · Z3 | K 7 · G4 élevé | Sectionneur cadenassable, protection contre le contact direct (EN 60204-1:2018) ; travaux hors tension dans la notice | K 4 · G4 moyen, justifié |
En 1.2, la meilleure mesure est le racleur, pas le protecteur : il supprime la tâche, et l’exposition baisse pour une raison qu’on peut écrire. En 4.1, le risque reste moyen : notre grille ne descend jamais plus bas quand le dommage possible est mortel. La ligne est acceptée avec sa justification plutôt que maquillée en « faible ». Le dossier complet est détaillé dans ce que doit contenir le dossier technique d’une machine.
Quelles erreurs font revenir une analyse de risque ?
Toujours les mêmes, et elles se voient en dix minutes de relecture :
| Ce qu’on voit | Pourquoi ça coince | Ce qu’il fallait faire |
|---|---|---|
| Analyse rédigée à la fin | Elle justifie la machine au lieu d’orienter sa conception | Démarrer sur l’avant-projet, la tenir à jour à chaque revue |
| Une liste de normes | Citer une norme n’analyse pas la machine réelle | Une ligne par situation, la norme en preuve de la mesure |
| « Risque mécanique » | Trop vague pour être coté ou vérifié | Nommer la tâche, le phénomène et la zone |
| Mesure sur le plan seulement | Le protecteur existe dans la CAO, pas sur la machine | Vérifier chaque mesure sur la machine montée, avec sa preuve |
| Jamais mise à jour | La machine évolue, l’analyse reste à la version 1 | La rouvrir à chaque modification, et la dater |
La dernière a une conséquence juridique : une modification qui crée un nouveau danger ou augmente un risque peut faire de son auteur un fabricant (art. 18). Voir modification substantielle.
Nos conseils de terrain
- Faites l’analyse à plusieurs : conception, automatisme, atelier, maintenance. Celui qui nettoie la machine trouve en dix minutes les tâches que le bureau d’études n’imagine pas. Puis relisez-la devant la machine réelle avant la mise sur le marché.
- Écrivez l’objectif de sécurité avant la solution : « aucune main sous l’outil quand il peut descendre ». La solution se discute ensuite, et l’objectif sert à la vérifier.
- Une ligne par situation, pas par danger. Le même happement en production et au nettoyage, ce sont deux lignes, avec deux cotes et souvent deux mesures.
- Recoupez avec la notice. Si elle parle de mode manuel, de réglage ou de nettoyage, chacun doit avoir ses lignes ; et chaque risque résiduel de l’analyse doit s’y retrouver.